2012  •  La Voie de l’écuyer
opus 2012

 

2011  •  we were horses

 

2010  •  Improvisation équestre
par Bartabas

 

2010  •  Charivari équestre

 

2009  •  Liturgie équestre

 

2008  •  Les Juments de la nuit

 

2008  •  Partitions équestres

 

2006  •  Récital équestre

 

2005  •  Voyage aux Indes galantes

 

2004  •  Le chevalier de Saint-George
Un Africain à la cour

 
 

we were horses

Création : Carolyn Carlson - Bartabas
Production : Centre Chorégraphique National Roubaix Nord-Pas de Calais
En partenariat avec l'Académie du spectacle équestre de Versailles
Coproduction Nuits de Fourvière / Département du Rhône ; Monaco Dance forum, Le Colisée - Théâtre de Roubaix

We were horses

Chevaux à la beauté, la liberté, la grâce sauvages
Qui nous rapprochent de notre inconscient
Galopant vers les mystères de notre âme qui s’envole
Le chevalier médiéval poursuivant sa quête sur sa monture est une image du chemin vers le voyage intérieur et spirituel

Quand le sauvage rencontre le dompté
Quand l’inébranlable rencontre la grâce
Quand le cheval rencontre l’homme
Quand l’homme se libère de son harnachement
Quand l’instinct partagé devient la quête de liberté
Carolyn Carlson

J’ai vu parfois dans le regard du cheval, la beauté inhumaine d’un monde d’avant le passage des hommes.
Bartabas

Deux créateurs dans la passion de leur art, Carolyn Carlson et Bartabas, mêlent leurs univers qui se rejoignent dans la force de la danse et de la magie visuelle, tout naturellement.
La première amène sa poésie en mouvement incarnée par sa compagnie et le second une énergie fascinante portée par une Académie du spectacle équestre évoluant comme un corps de ballet. Tous deux sont dans l’instinct, la sensibilité, et l’accomplissement dans la création mue par une nécessité profonde et intérieure. Nul besoin d’expliquer. L’évidence du geste artistique s’impose.
Les regards se mêlent et s’enrichissent pour l’expérience inédite d’orchestrer ensemble par la grâce et la puissance douze écuyers et seize danseurs. La répétitivité de Music in twelve parts de Philip Glass fait écho aux tours infinis des chevaux autour des humains, faisant surgir une spirale hypnotique évoquant la transe.


Entretien avec
Carolyn Carlson et Bartabas



Premier échange chorégraphique pour Bartabas, Carolyn Carlson et leurs compagnies respectives Cette rencontre à l’Académie du spectacle équestre est déjà riche en impressions. Les danseurs, au centre d’un cercle, dessinent leur gestuelle, transportée par l’énergie des chevaux et des écuyers qui tournent autour. Un tourbillon en forme de méditation.

Depuis quand vous connaissez-vous ?
Carolyn Carlson : J’ai découvert Bartabas et suis tombée amoureuse de son travail dès le début des années quatre-vingt, avec son spectacle Cabaret équestre. Ça a été un choc, une révélation. En 1990, j’ai créé Steppes en son hommage.
Bartabas : Tout le monde connaît Carolyn Carlson. La première fois que je l’ai vue, c’était à Avignon, à la fin des années 70.

C’était donc une évidence de collaborer ensemble à un moment donné ?

Bartabas :
Dans mes spectacles, il y a toujours eu de la danse. Tout est danse. Une voltige, c’est de la danse. Des danseurs ont souvent participé, que ce soient des moines tibétains ou des danseurs contemporains comme dans Le Sacre du printemps. Mais le projet de l’Académie du spectacle équestre va encore au-delà : je l’ai conçu comme un corps de ballet. Comment peut-on considérer les cavaliers comme des danseurs à cheval ? Ils apprennent l'art de l'équitation, mais aussi l'escrime, le chant, la danse, le kyudo (arc japonais). Je me suis toujours dit que le jour où ils seraient mûrs, avec assez d’expérience, ils pourraient se confronter à un grand chorégraphe et jouer vraiment ensemble le jeu de la création collective. Ce type de rencontre artistique est l’accomplissement ultime de l’Académie.

C’est nouveau également pour vous d’intégrer un autre regard de créateur.
Bartabas : Je ne l’avais jamais fait. C’est osé. J’aurais pu confier directement les chevaux à Carolyn mais c’est difficile de les diriger. Cela requiert de connaître leur fonctionnement. Je le ferai peut-être un jour mais c’est encore un peu tôt. Nous sommes aujourd’hui les seuls à maîtriser cet exercice.

Vous êtes deux fortes personnalités. Comment la collaboration, les échanges se déroulent-ils ?
Carolyn Carlson : Cela se fait de manière naturelle, comme pour la séance photos que nous avons eue aujourd’hui. Bartabas chorégraphie les chevaux et moi je dirige les danseurs.
Bartabas : Nous discutons. Je connais Carolyn à travers son œuvre mais pas beaucoup personnellement. Je pense que c’est mieux. Car chacun apporte son univers, défend ses idées, tout simplement, sans les adapter pour plaire à l’autre. L’avantage est aussi que nous avons assez d’expérience tous les deux pour aller très vite. Nous sommes capables de prendre des décisions rapidement, même jusqu’au dernier moment. Je ne me serais pas lancé dans l’aventure avec un débutant. Les répétitions sont trop intenses.

Carolyn, les chevaux t’ont toujours fascinée. Est-ce que c’était un rêve de les intégrer à une de tes pièces ?
Carolyn Carlson : Le cheval fascine. Il incarne notre part sauvage que notre société a perdue. Le cheval engendre un sentiment de bien-être car il est libre. C’est la raison pour laquelle le spectacle a autant de succès avant même sa création. Il est présent dans notre culture depuis le fondement de l’humanité. Il fait partie de notre inconscient collectif.
Bartabas : C’est l’énergie phénoménale des chevaux qui est intéressante. L’enjeu est de la confronter avec celle des danseurs. Je recherche la puissance de l’animal, sa générosité, plus que l’esthétique ou la représentation du cavalier à cheval. Elle atteint une dimension que l’humain ne peut pas produire.

Est-ce que les chevaux vont permettre de trouver des nouvelles sources d’inspiration pour les danseurs, d’aller plus loin dans l’improvisation ?

Bartabas : Pour un danseur, être au centre de l’énergie des chevaux qui tournent autour, ça doit être quelque chose. On en a fait l’expérience avec le pianiste Alexandre Tharaud qui, lui, jouait du Bach, c’est-à-dire une partition très écrite, et il m’a dit que leur énergie influençait son interprétation.

Cela crée une force fascinante, spirituelle qui amène à un autre état. Allez-vous encore approfondir cette forme de transe ?
Bartabas : Elle provient également de la musique de Philip Glass, Music in twelve parts. C’est l’énergie répétitive et de la musique et des déplacements circulaires des chevaux qui finit par générer un sentiment d’élévation.
Carolyn Carlson : Sa musique est au rythme des battements de cœur. Elle reflète la vie. C’est incroyable.
Bartabas : Son inspiration vient puiser dans nos origines : il a étudié les musiques traditionnelles. C'est une musique très contemporaine qui communique une belle énergie aux chevaux.

Même si vous le domestiquez, le cheval permet de revenir à notre instinct.
Bartabas : En effet, il m’a amené à ne pas trop analyser, à écouter mon ressenti. Quand tu travailles avec les chevaux, tu es obligé. Il y a, bien sûr, une part savante, technique, mais un animal ne réagit jamais de la même façon et il ne parle pas. Tu es alors obligé d’être attentif au langage du corps. Cette sensibilité, tu la développes aussi naturellement par rapport à l’humain. De là, une fascination pour le mouvement et la danse.

Comment fait-on pour allier la discipline du cheval et l’improvisation dans une création ?

Bartabas : La grande différence entre les danseurs et les chevaux réside dans le temps de travail des chevaux qui est très court. Quand tu leur transmets des mouvements nouveaux, tu ne peux pas leur demander de les répéter à l’infini comme tu le ferais avec des comédiens ou des danseurs. Tu ne peux pas non plus pousser jusqu’au lâcher prise pour obtenir un meilleur résultat. Tu travailles avec un animal qui n’a rien demandé, qui ne sait pas pourquoi il fait ça. Tu es par conséquent obligé d’être extrêmement vigilant. Tu disposes de vingt minutes d’échauffement, vingt minutes de concentration et tu as ensuite encore un quart d’heure de décontraction. Au final, tu ne peux utiliser que vingt minutes par jour pour l’apprentissage. Ça influe donc sur ta manière de travailler. Tu es obligé de te dire : « Ah tiens ! On va peut-être arriver à ça, mais on ne peut pas le faire aujourd’hui. » C’est la raison pour laquelle j’ai besoin d’anticiper au maximum. On ne peut pas décider au dernier moment. En plus, les chevaux sont un peu peureux. Il faut donc tout leur montrer avant, progressivement. Au dernier moment, si on se dit que le danseur pourrait sauter devant, on ne peut pas le réaliser. C’est l’école de la prévoyance et de la discipline. Comme avec des enfants. Tu es obligé de faire attention pour eux. Parce qu’un cheval, c’est très généreux aussi. Il peut se tuer pour toi. Une fois qu’il est bien préparé, c’est le contraire des humains qui ont conscience de leurs limites physiques. Tu es obligé de le freiner pour qu’il ne se blesse pas.

J’imagine que c’est cette communion entre l’écuyer et le cheval qui donne sens.
Bartabas : Ce n’est que ça. Le cheval fait confiance au cavalier et le cavalier fait confiance au cheval. Tu peux avoir tout préparé, c’est le cheval qui décide. C’est un partenaire, exactement comme un duo en danse. S’il y a des portés, tu es obligé de t’abandonner à celui qui te porte. J’ai une anecdote. J’ai engagé un ancien danseur de Béjart. Il n’avait jamais vu un cheval de sa vie mais, comme les gens de Zingaro, il devait préparer son cheval. Et il m’a confié : « Quand je brosse mon cheval, j’ai l’impression de coiffer les cheveux de ma partenaire, comme si j’étais en coulisses avant le spectacle. » C’est une histoire d’amour.


Propos recueillis le 15 janvier 2011 par Estelle Garnier

 
 

Yoshi Omori